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La collaboration avec Ronan & Erwan Bouroullec

François Pinault a confié le choix et la conception de l’ameublement intérieur de la Bourse de Commerce et la création du mobilier qui l’entoure aux designers bretons Ronan et Erwan (nés à Quimper, respectivement en 1971 et 1976) Bouroullec. Retour sur deux parcours qui se rejoignent, diffèrent et se complètent autour d’un tout premier projet muséal à Paris.

 

Quels premiers souvenirs ou impressions gardez-vous de votre arrivée à Paris ?

Ronan Bouroullec J’avais dix-sept ans. À la bibliothèque de Quimper, il devait y avoir un seul livre sur le design, peut-être trois sur l’architecture. J’étais attaché  à la Bretagne dans laquelle j’avais grandi, certes, mais Paris était la ville que je voulais découvrir et où je souhaitais étudier. C’était une autre époque, avant Internet, une époque où l’on ne contrôlait pas les sacs. Beaubourg, avec sa bibliothèque et son forum, était l’épicentre des énergies créatives, un lieu de rencontres improvisées, de débats spontanés, de bagarres parfois… J’étais trop timide pour prendre part à cette vie trépidante mais j’aimais sentir le rythme de la ville, son pouls, ses vibrations.

Erwan Bouroullec Pour moi, la ville s’est révélée par étape car j’ai d’abord habité en banlieue. D’ailleurs, mon premier rapport à la Bourse de Commerce, ce fut la sortie du RER pendant plusieurs années ! Aujourd’hui, ce que j’aime à Paris, c’est sa diversité. On peut faire le choix d’y être invisible, en tous cas de mener la vie que l’on veut.

 

Comment et quand avez-vous commencé à travailler ensemble ?

RB  J’ai eu la chance de rencontrer le succès dès ma première exposition, à dix-huit ans, et de commencer à travailler tout de suite après mes études. Avec Erwan, nous avons cinq ans de différence, ce qui n’est rien aujourd’hui, mais à l’époque, c’était beaucoup. Il venait de débarquer et étudiait alors aux beaux-arts de Cergy. Un jour — je devais avoir vingt-quatre ans — il est venu me donner un coup de main, comme ça, comme pour un déménagement, et il n’est plus jamais parti.

EB  Lorsque je suis venu travailler avec Ronan, j’ai découvert ce plaisir de travailler en équipe : d’un côté, avec mon frère et, de l’autre, en dialogue avec des fabricants. Rétrospectivement, je ne crois pas que j’étais fait pour la solitude de l’artiste.

RB  Et puis, on fonctionne comme un vieux couple maintenant ! Notre curiosité boulimique nous rapproche et elle s’illustre dans la variété de nos projets : nous inventons aussi bien des multiples, diffusés partout dans le monde, que nous concevons des projets très singuliers, sur mesure, faisant appel à des savoir-faire artisanaux très sophistiqués.

 

Quel est votre métier ?

RB  J’ai du mal à définir ce qu’est un designer ; disons que tout ce qui n’a pas poussé naturellement sur cette terre est design.

EB Notre métier, c’est d’avoir des idées qui sont ensuite reproduites et entrent dans la vie des gens, s’ancrent dans le réel. C’est très agréable de placer l’individu, et donc la praticité et la fonctionnalité, au cœur de notre réflexion. Je conçois la vie comme une forêt : de l’arbre tombé par terre, on fait une assise ; de la canopée, un abri du soleil… Les objets font partie du paysage, il nous reste à les identifier, à nous les approprier, à les activer. C’est cette tension qui agite le designer : jusqu’où faut-il s’exprimer au-delà de la fonction ?

 

Et quels sont les métiers à l’œuvre dans votre agence ?

RB À l’agence, nous sommes une dizaine. On a des modes de recherche très différents : on bricole beaucoup à base de pâte à modeler et de fil de fer, on a une imprimante 3D extraordinaire, un assistant 3D, un collaborateur japonais qui a une vision très précise des échelles et qui traduit très précisément les croquis que je fais… Nous travaillons aussi beaucoup avec l’extérieur : c’est important de continuer à irriguer des fabricants et des artisans. Ils ont besoin de renouveler leur langage pour continuer d’exister.

 

Quel projet a généré le plus de débat entre vous ?

RB Comme je disais, nous sommes un vieux couple ! On a une manière de travailler très artisanale avec un souci maladif du détail. Un rien suscite le débat.

EB Ce qui génère le plus de discussions entre nous, c’est l’intérêt du projet lui-même. Nous avons besoin de croire en la vision du commanditaire, de nous retrouver dans le soin qu’il souhaite appliquer à la fabrication, d’avoir l’objectif commun d’élever le niveau de culture, même si la fonction d’objet peut être banale. Une fois la commande acceptée, nous travaillons par itération et soustraction : on déconstruit, on se débarrasse du superflu, on va à l’essentiel. On passe ainsi notre vie à tout redessiner et, à la moindre nuance, on refait une maquette pour identifier ce qui pèche, ce qui peut être encore éliminé. Là où l’architecte progresse en ajoutant, le designer avance en retirant. Un objet doit être fait de peu de chose.

 

À l’époque du design digital, de l’image de synthèse et de l’injonction de l’instantané, quelle importance accordez-vous au dessin à la main, aux prototypes, aux maquettes ?

RB  Je suis très sensible aux sensations, aux perceptions, et j’ai besoin d’éprouver physiquement pour me décider : mesurer les volumes, caresser les matières, apprécier la lumière, palper les formes… Lorsqu’une chaise est livrée, je commence par la toucher pour la découvrir, à l’aveugle, avant de la regarder. Pour autant, nous partageons une fascination extraordinaire pour les outils numériques et la technologie. On a vécu une révolution en moins de vingt ans avec un impact évident sur le rythme de production. Pour moi, qui adore mener de front toutes sortes de projets différents, c’est une chance ! J’aime cette vie moderne complexe qui conjugue les pratiques, où l’on peut se passionner pour une poignée de porte trouvée dans une brocante et faire des découvertes extraordinaires sur Instagram.

 

Comment gérez-vous le temps long, qui régit le processus de création et de fabrication, et le temps court, celui de l’image, de la communication ?

EB Nous vivons une époque complexe, paradoxale, étrange : d’un côté, la circulation de l’information, des biens et des individus a explosé et, de l’autre, la mise en œuvre des projets et la prise de décision est de plus en plus longue. Michel Serres soulignait qu’auparavant, le savoir c’était la mémoire, tandis que le monde contemporain exige de nous une intelligence du choix et de l’analyse pour être décodé ; or, je ne suis pas sûr que nous en soyons dotés ! Ronan et moi avons des principes très simples. Nous sommes attachés à la qualité du processus de fabrication et à l’honnêteté des objets, qu’ils soient transparents et que leur ADN soit visible, qu’ils puissent exprimer leur fonctionnalité, leur préciosité, leur fragilité, leur durabilité…

RB Chaque projet avance à sa vitesse : certains sont conduits avec fulgurance, d’autres restent bloqués dans l’inertie et la remise en question. Le design est une discipline frustrante car le processus est lent : entre l’idée et la présence dans le magasin, ce sont des années de travail. Ce temps long, qui est aussi lié à la pluridisciplinarité des métiers sollicités, s’entretient lui-même car il favorise les moments de doute, de remise en question. Même si nous travaillons pour différents fabricants et commanditaires, qui ont leur propre communication, ponctuelle par nature, nous maintenons une communication parallèle, avec nos propres images pour apporter une cohérence visuelle à nos projets. Pour moi, il y a assez peu de hiérarchie dans les projets : je suis à la fois heureux d’avoir été invité à dessiner les Fontaines des Champs-Élysées et, en même temps, je suis fier d’avoir un projet sur une petite place de Poitiers et de travailler avec les meilleurs laqueurs du monde au Japon.

 

Quel rapport avez-vous avec le Japon ?

RB Le Japon, c’est une passion ! C’est un pays à la fois fascinant et énigmatique, à l’histoire complexe, à la société codée, qui a pu préserver des savoir-faire époustouflants. J’ai eu la chance d’y être invité à plusieurs reprises, récemment à Kyoto pour travailler avec des artisans qui restaurent des temples selon des techniques séculaires.

 

Comment comprenez-vous l’œuvre de Tadao Ando ? Ici, à la Bourse de Commerce, et ailleurs ?

EB Sa singularité, c’est le respect et la valorisation de ce qui préexiste. Or, le temps est une dimension incroyable qui embellit, enrichit, renforce de manière impalpable. Avec une délicatesse infinie, Ando subjugue la valeur du temps, c’est-à-dire le patrimoine, qu’il soit urbain ou naturel. J’apprécie tout particulièrement le choix qu’il a fait pour revivifier la Bourse de Commerce : doter la pureté géométrique du cercle d’une charge spirituelle, quasi sacrée, en tout cas contemplative… j’appelle cela la science du bâtiment. Et cela se prête parfaitement à la destination muséale du lieu.

RB En 1999 ou 2000, Issey Miyake nous a contacté pour un de ses magasins au Japon même si nous n’avions jamais fait d’architecture d’intérieur. Il nous a invité pour sa première exposition en 2001 et, à peine atterri à Tokyo, on nous a conduit à une conférence de Tadao Ando ! Par la suite, j’ai passé beaucoup de temps dans le pavillon qu’il a construit pour Vitra à côté de Bâle et j’ai eu la chance de visiter certains de ses bâtiments. Je suis, notamment, très sensible à la monochromie de son travail.

 

Vous travaillez le tissu, la céramique, le métal, la corde, le verre… Quel est votre matériau de prédilection, celui que l’on pourrait appeler « signature » ?

RB Je suis fasciné par ces créateurs qui passent leur vie sur un millimètre, sur un sujet, sur un seul vocabulaire. Comme pour les couleurs, j’estime qu’il n’y a pas de hiérarchie de matériaux. J’adore autant l’éventail de possibilités du plastique que la préciosité d’une pratique ancestrale comme la laque japonaise. En ce moment, le textile redevient un de nos sujets de prédilection. Pour la Bourse de Commerce, nous travaillons dans le nord de la France avec des machines Jacquard utilisées depuis un siècle. Nous avons découvert tout un monde !

 

Par comparaison au design industriel, comment abordez-vous l’espace public ?

RB Le design est une discipline vivifiée par l’empathie : chaque sujet a une saveur particulière et une problématique singulière.

Je n’ai jamais eu de problème avec l’idée de la reproduction industrielle : au contraire, je revendique cette forme de partage de nos idées avec le plus grand nombre. Nous n’avons jamais voulu nous cantonner aux commandes prestigieuses et aux projets confidentiels.

Accepter les projets dans l’espace public relève de cette volonté.

 

Et pour la rue de Viarmes qui entoure la Bourse de Commerce et son parvis ?

RB Ce cylindre parfait, entre la rue du Louvre et le jardin Nelson Mandela, est un bâtiment très singulier à Paris. Il sera complètement intégré à l’aire piétonne avec la fermeture à la circulation rue de Viarmes. L’un des enjeux principaux était d’identifier la destination culturelle du bâtiment — imaginer un geste, à la fois discret et fort, implanter un signal — puisque rien ne le laisse deviner de l’extérieur. Vous n’aviez jamais travaillé à l’aménagement d’un musée et de son restaurant.

 

Quel défi retenez-vous ?

RB Ce projet est effectivement inédit pour nous. Le défi qui nous a conquis était de parvenir à traiter les espaces d’accueil, de réception et de circulation, comme des espaces domestiques, c’est-à-dire accueillant, chaleureux, à l’échelle humaine. Le visiteur doit y trouver de la douceur, une source d’apaisement.

 

Comment avez-vous travaillé avec Michel Bras ?

RB Michel était un peu inquiet quand on l’a rencontré. C’est un grand timide qui est dans la maîtrise totale de ce qu’il fait… comme nous, en fait ! Très vite, le courant est passé. Il faut dire que, bien que nos métiers soient différents — je n’entrerai pas dans le détail de ses assaisonnements et lui n’entre pas dans notre cuisine — ils se recoupent sur la recherche, l’ambition, l’application, le soin et puis la sophistication des détails.

 

Comment définiriez-vous l’hospitalité ? Comment habite-t-on un musée ?

RB  Ce qui m’a plu d’emblée dans le projet architectural de la Bourse de Commerce c’est la place qu’il laisse à la lumière naturelle et à l’ouverture vers l’extérieur — je suis claustrophobe par ailleurs !EB  L’hospitalité, c’est une courtoisie transparente. C’est exprimer aux visiteurs — de manière imperceptible et paradoxalement manifeste — qu’ils sont les bienvenus, qu’ils sont invités à s’asseoir, à lire, à ralentir, à réfléchir, à s’émouvoir, à contempler : leur donner les conditions d’un moment à eux.

 

Quelle est la première œuvre d’art contemporain qui vous a marquée ?

RB  Ce qui m’a beaucoup influencé, c’est la découverte, dans une librairie à Quimper, d’un livre de photographies sur la fondation de Donald Judd à Marfa. Ça paraît très convenu aujourd’hui, mais à l’époque, ça l’était moins, encore plus à Quimper ! C’était un livre en allemand que je n’ai jamais pu lire — un vrai fantasme,  donc — qui reste toujours ma référence.

EB  Avec Ronan, nous avons eu la chance d’avoir, enfants, un professeur de dessin qui prenait toute occasion pour nous faire voir des œuvres, à l’ancien centre d’art de Quimper ou au domaine de Kerguehennec. Je me souviens surtout des peintures de Jean Hélion mais aussi des œuvres de Tony Grand, Mario Merz, Pier Paolo Calzolari, Janis Kounellis… Aujourd’hui, ma référence absolue c’est Donald Judd, et j’apprécie tout particulièrement les œuvres de Malcolm Morley et celles de Philip Guston.

 

Est-ce que vous collectionnez et quel est votre rapport à la collection ?

RB  Je ne collectionne pas. J’aime regarder certains lieux, objets, paysages, mais je n’aime pas particulièrement posséder, ni être entouré de choses.

Le restaurant de Michel Bras

Le restaurant de Michel Bras
Le restaurant de Michel Bras

 
   Michel et Sébastien Bras © Bras

 

François Pinault a souhaité confier aux chefs Michel et Sébastien Bras les rênes du restaurant qui prendra place au dernier étage de la Bourse de Commerce. De l’Aubrac à Paris, en passant par le Japon, retour sur un parcours singulier, ses valeurs et ses sources d’À l’initial, il y a l’Aubrac.

À l’initial, il y a l’Aubrac. C’est là qu’à six mois Michel Bras ouvre les yeux sur le premier printemps. Tout comme lui, la vie sort de sa léthargie, s’éveille et se révèle pleine. Il s’imprègne de la geste familiale, entre un père forgeron et une mère occupée aux arts ménagers qui, par la force des choses, deviendra cuisinière à plein temps. L’enfant trempe son caractère au feu de la forge, à celui des fourneaux. S’imprègne des dures heures de labeur et du bonheur de réjouir une tablée. Dans son innocence, il touche du doigt à une magie qui sera sienne.

C’est sur ce haut plateau fouetté par le souffle glacé de l’écir que Michel a poussé dans les aubes perlées de rochers. Que sa germination s’est jouée au secret compagnonnage des « sauvages », ces plantes qui ourlent puechs et drailles de l’Aubrac.  L’Alto Braco, un territoire qui de par sa géographie parle déjà d’infini en passant outre les frontières du Cantal, de la Lozère et de l’Aveyron. Chez Bras, on est fait de chair,  de silence, de ciel et de terre.

Il faut imaginer le jeune homme courant dans « le vent mêlé des pâtures », le voir soudainement arrêter sa course pour cueillir la reine-des-prés, l’oseille acetosa, se piquer la langue au picolingo — dont plus tard  il découvrira la petite sœur vietnamienne, le rau-raum, une coriandre très parfumée —,  le voir guetter les stations d’ail des ours, déterrer les chénopodes, s’adonner à ce curieux grain de folie qui en lui toujours survit. Il ne le sait pas encore mais un jour tout cela sera mis en mets. Car, dans sa souveraine alchimie, l’Aubrac l’a choisi. Il sera cuisinier !

Et puisqu’il connaît la richesse des myriades de plantes et de fleurs que compte  ce plateau, c’est auprès d’elles qu’il fera son œuvre. Une œuvre gastronomique et poétique appelée à se fondre dans « cette forteresse naturelle » qui l’envoûte, « ce désert, où le ciel, le minéral, le végétal, tout ramène à l’essentiel ». Il y a vingt-cinq ans, avec Gi son épouse, il s’implante dans un lieu autrefois nommé « Le Délaissé » car aucun éleveur n’en voulait. Parce qu’il le sent plus qu’il ne le sait, il en modifie  la destinée, transfigure le passé.

Il fallait oser donner une vision contemplative de l’Aubrac, pousser l’épure pour être au plus près de la Nature. L’architecture, cette écriture du bâtiment, est perçue comme un prolongement du sentiment. Une bulle de verre se tient en équilibre au bord du pré telle une goutte de rosée. Un filet d’eau court dans la maison Bras comme une veine où s’abreuver, qui rigole à longueur de journée. Le Suquet, cet ancien délaissé, devient un univers à part, intemporel. Le souffle de l’Aubrac porte au loin la nouvelle. On y vient alors de toute part, s’y ressourcer, s’y nourrir et faire le plein de liberté ! C’est là que naît le Gargouillou, un plat si personnel qu’il fera le tour du monde.

Entre-temps, Sébastien a rejoint l’aventure — épaulé de Véronique son épouse qui, tout comme Gi, veille à l’harmonie et la tranquillité des âmes. Père et fils entretiennent une fraternité de cœur, de champs, de rivières et de forêts. Leur jeunesse partagée tient à ce regard d’enfant, en mouvement permanent. Leur respiration, cette intime pulsation, est accordée au rythme des saisons. Ensemble,  ils sont de tous les voyages. Ils se nourrissent au plus profond d’ici et au grand large d’ailleurs. Un jour, un appel du Levant résonne sur les hauteurs de Laguiole. On vient chercher les Bras pour qu’ils sèment leur graine de bonheur sur l’île d’Okkaido. Tout comme à Lagardelle, où s’épanouissent l’oseille argentée, la balsamite odorante, le cosmos sulfureux, la valériane phu ou le fenouil bronze… — glanés aux quatre coins du monde —, ils y auront leur jardin, recréeront tout un écosystème. Pétris d’Aubrac, Michel et Sébastien Bras sont comme lui sans frontière. Tandis que l’un se reconnaît des affinités avec les Peuls, « ces gens du lait », l’autre fabrique son propre miso avec des lentilles de la Planèze… Chez eux, rien qui enferme, jamais !

Le principe de vitalité poursuit son œuvre et bientôt c’est à Rodez qu’ils sont appelés, au côté du peintre Soulages. Dans l’antre du musée, ils créent le café Bras. Tout comme pour l’outrenoir, l’architecture du bâtiment leur va comme un gant. Il y a la sobriété et la pureté des lignes, l’acier vibrant sous les assauts du temps. Michel y retrouve un peu cette matière vivante que travaillait son père. Langage universel tissant sa propre toile, les arts se rejoignent. La cuisine comme le tableau — ou comme la photographie qu’il affectionne — est une métaphore. En rien coupée du monde mais cernée par lui, elle lui doit son sens, diraient-ils d’une même voix. Se réinventer sans cesse, s’inspirer et toujours se recentrer. Ne se soucier d’aucune mode, être ce que l’on est. Telle est, je le crois, leur simple vérité !

 

Corinne Pradier, écrivaine